samedi 8 septembre 2012

Réponse de l'association Haute Beaume Nature au Schéma Régional Éolien PACA

le 6 septembre 2012,  l’Association Haute Beaume Nature a envoyé son commentaire sur le site officiel du Schéma Régional Éolien de PACA.

Nous tenons en premier lieu à nous féliciter de l’existence de cette concertation. Le calendrier et la forme en sont toutefois regrettables.

Le sujet est fondamental par ses enjeux généraux, certes, mais ils sont portés par les
politiques, les institutions et les entreprises qui ont enfourché un nouveau créneau
d’activité.

Mais ce sujet est également fondamental pour les citoyens, isolés, normaux, éloignés de la gestion des affaires, mais qui sont l’immense majorité des français. Ce sujet qui va peut être les impacter pour des dizaines d’années par ses conséquences concrètes et directes sur le terrain est traité de manière très centralisée au niveau de la région. Il nécessite une certaine capacité de compréhension des enjeux et impacts, or aucun effort de démultiplication n’est fait.

Ce sont donc les Associations qui portent les questions. Nous en avons crée une sur notre commune, Haute Beaume Nature, poussés par la nécessité de faire face à une Mairie qui portait un projet éolien de manière confidentielle et obscure avec une entreprise privée pré-déterminée.

Nous débutons sur le sujet, et le calendrier de cette concertation, avec des échéances courtes, sans exposé ni débat public, nous crée des difficultés. Par ailleurs, la période choisie, l’été, semble symptomatique d’une volonté de ne pas laisser de temps au débat citoyen.

Le rythme ressemble à une marche forcée vers des conclusions pré-établies.

Nous avons néanmoins travaillé sur le dossier présenté qui amène de notre part un certain nombre de commentaires, questionnements et critiques.


DES REMARQUES SUR LA FORME :


Notre commune est limitrophe de la Drôme et il nous a semblé intéressant de comparer ce dossier à celui présenté par le Préfet Rhône Alpes.

Nous vous invitons à faire de même, car les problèmes ne s’arrêtent pas aux limites administratives des régions.

La continuité inter-régionale doit être assurée, ainsi que la cohérence dans les préoccupations des citoyens.

Sur la forme, 49 pages pour notre région, 145 pour la région Rhône Alpes, nous ne faisons pas le poids !

Nous trouvons dans le document Rhône Alpes de nombreuses informations qui ne figurent pas sur celui de la Région PACA.

Quelques exemples :

Une carte de synthèse des enjeux (page 20/21 du rapport Rhône Alpes)

Une analyse des familles paysagères (pages 23/24)

Les cartes d’alertes de sensibilité aux oiseaux, aux chauves-souris (pages 25/26/27) ...

Par ailleurs, l’approche des problématiques liées à l’aéronautique est très différente: elle est réduite
à peu de choses dans le rapport PACA, alors qu'elle est bien développée en Rhône Alpes.


DES REMARQUES SUR LE FOND :


Le poids des Pays du Buëch :

C’est pour nous la plus importante des remarques : elle concerne le poids porté par les Pays du Buëch dans la répartition : en 2020 85 MW et 190 en 2030. Nous rappelons que c’est un territoire qui consomme peu, et à qui on demande donc de produire pour alimenter le sud est urbain de la Région !

Une majorité des habitants du village ont fait le choix de venir s’installer et d’investir dans la région depuis de nombreuses années. Ils ont fait ce choix pour quitter l’univers densifié et industriel des villes. C’est un choix de vie simple et de rapprochement avec la nature. S'ils ont choisis de rester dans un environnement parfois difficile, ce n’est pas pour cumuler les difficultés de la ruralité avec les inconvénients majeurs des zones industrielles.

Car, il ne faut pas le cacher, les zones éoliennes sont des zones industrielles à impact majeur.

Le projet impose des objectifs décidés par une structure technocratique.

Ces objectifs ne sont pas partagés par de nombreux habitants du Buëch. Nous ne souhaitons pas transformer notre nature préservée en usines de production électrique pour les besoins de la Côte d’Azur.

Nous avons le sentiment d’un retour en arrière qui ne répond pas aux critères de la démocratie participative et délocalisée.

La décentralisation ne doit pas s’arrêter au niveau de la capitale de Région.

Ce document donne le sentiment d’une profonde centralisation de la décision au niveau de l'instance administrative régionale, imposant ses choix aux collectivités locales et aux habitants qui ne sont pas consultés sur le terrain.

Nous constatons par ailleurs que rien n’est prévu, en apparence, sur certains territoires ... privilégiés, sans doute. C’est bien regrettable, car ces territoires sont les premiers consommateurs de cette énergie qu'on veut venir produire dans nos villages !

C’est vrai qu’ils sont riches et ne sauraient subir les désagréments du spectacle éolien qu'on veut nous imposer !

La solution de l’éolien aux problèmes de l’énergie:  une solution virtuelle :

Les objectifs du projet sont chiffrés en puissance nominale installée, ils n’ont pas de sens, nous les voulons en énergie réelle fournie et ce dans une perspective intégrant les variations tout au long de l’année face aux besoins.

Nous avons traversé l’an dernier, comme souvent pendant les mois d’hiver, de longues périodes de temps anti cyclonique, donc sans vent et très froid, avec rapidement des températures négatives.

Qui produit de l’énergie dans ces moments sans vent: les systèmes traditionnels (nucléaire entre autres) qui doivent donc être dimensionnés pour palier au non fonctionnement de la production éolienne. Nous sommes donc bien devant une illusion, celle de la substitution de l’éolien aux systèmes de production actuels. Les solutions aux problèmes de l’énergie ne sont donc pas là !

Une étude digne de ce nom doit présenter objectivement des simulations basées sur des
mesures climatologiques faites dans le réel.


Nous demandons à en connaître les résultats et les répartitions de production électrique les jours de grand froid et sans vent, ainsi que le nombre de ces journées sur un historique significatif d'années.

Nous attendons la démonstration de la capacité de l’éolien. En ce qui nous concerne, nous sommes convaincus, par notre vécu, de son incapacité à régler la question de la croissance de la demande énergétique.

L’éolien industriel est donc une réponse virtuelle qui permet à des industriels et financiers
de s’engouffrer sur un nouveau créneau très profitable et à des politiques de prendre une posture pseudo écologique  en répondant favorablement à des lobbys déconnectés de la réalité ... mais pas forcément du profit !


Le transport de l’électricité :

Le réseau RTE dans nos pays du Buëch est aujourd’hui dans l’incapacité d’assurer le transport de cette surproduction, ce qui est confirmé par les cartes officielles. L’équipement du RTE demandera des investissements considérables, sans doute non pris en compte dans les calculs d’intérêts économiques et environnementaux.

Ces travaux contribueront encore aux désagréments et à la transformation de nos paysages en zones industrielles.


Les recommandations qualitatives :

Ces recommandations pour l’implantation d’éoliennes dans les zones de relief sont appréciables, mais, elles ne doivent pas rester qualitatives. La règle des 500 m de distance aux habitations n’est pas supportable, et encore moins quand il y a un effet de surplomb important.

De nombreuses lectures et l’observation sur le terrain des zones d’implantations d’éoliennes nous font confirmer la nécessité de respecter des critères d’éloignement plus importants, 1500 mètres, voir 2000 mètres.

La recommandation doit intégrer les effets de visibilité.

Mais sur le fond, il est nécessaire de sortir de simples recommandations pour édicter des règles strictes.

L’entreprise qui agit sur notre commune nous dit vouloir respecter la Loi, mais pas plus! Et notre
municipalité composée majoritairement de non résidents n'est intéressée que par l’apport de financement au détriment de la qualité de vie des citoyens résidents permanents!


Les activités aéronautiques civiles dans la région :

Le texte du projet régional éolien soumis à concertation fait mention de l’aéronautique civile en évoquant quatre aéroports et plusieurs aérodromes.

La réalité est bien différente :

On compte 16 aérodromes au moins abritant des activités de vol à voile (et souvent de vol moteur), 10 de plus abritant des activités de vol moteur, 10 altisurfaces et altiports dédiées au vol montagne, de nombreuses pistes d’ULM et une activité parapente et deltaplane très développée, et une centaine de structures qui pratiquent sur beaucoup plus de sites.


La région PACA est la première région de France en matière de vol à voile et vol libre (parapentes, deltaplane). Ses sites et structures accueillent chaque année des milliers de pratiquants venus de toute la France et d’Europe. Il suffit d’observer le ballet incessant des remorques contenant des planeurs sur les routes de la région, et immatriculées en France, mais surtout en Allemagne, en Suisse, en Belgique, aux Pays-Bas. Inutile de souligner qu’il s’agit d’une clientèle touristique à forte contribution économique et génératrice d’emplois directs et indirects.


Les activités pratiquées sont toutes liées à la conjonction de relief et de vent, et utilisent donc les pentes de la région. Ce domaine est un domaine libre qui n’est pas contrôlé par l’aviation civile, et la présence d’éoliennes sur les crêtes peut représenter un danger et des contraintes considérables. Ce point important pour la sécurité n’est pas pris en compte dans l’étude qui se cantonne aux aéroports et installations radio électriques.

Il n’est pas pris en compte non plus quand à l’impact économique sur la fréquentation touristique de nos territoires qu’un développement éolien pourra avoir sur ces activités symboliques de la région (hors côte méditerranéenne, qui semble elle protégée dans le projet !)


Un exemple fort, le centre national de vol à voile de Saint Auban :

Le Centre National de Vol à Voile est un centre d'entraînement et de formation étroitement lié à la Fédération Française de Vol à Voile. Ses principales missions concernent :

la formation des pilotes
le perfectionnement des vélivoles brevetés
la formation et le recyclage des cadres instructeurs pour les clubs affiliés à la FFVV
l'accueil et l'entraînement des sportifs de Haut Niveau et de l'Equipe de France
l'expérimentation de nouveaux matériel ou équipements
l'élaboration de documentation pédagogique pour la formation des instructeurs et des
pilotes de planeurs

Pour exemple, le bilan d'activité de la saison 2010, a représenté près de 22300 heures de vol et plus de 1523 semaines de stagiaires pour lesquels 6300 heures d'instruction en vol ont été dispensées!


L’aéronautique militaire et ses problématiques :

Il est dit dans le document que l’implantation des éoliennes est limité par les zones de vols basse altitude qui peuvent être repérées sur les cartes OACI sur fond IGN 500.000ème. C’est laisser croire que la circulation basse altitude des avions d’armes ou d’entraînement militaire se fait dans ces couloirs, ce qui est totalement faux. Ces couloirs sont des couloirs de protection particuliers, mais la circulation de ces avions à basse hauteur se fait également sur bien d’autres zones.

Notre village de la Haute Beaume ne fait partie d’aucun couloir décrit, mais est très régulièrement survolé dans la vallée et sur les crêtes par des avions d’armes à très basse hauteur et grande vitesse.


La prise en compte des problématiques aéronautiques civiles et militaires dans ce document
est très insuffisante et ne prévoit pas les dangers en terme de sécurité aérienne et les
risques de perte d’activité sur le secteur du tourisme aéronautique.



L’élevage de moyenne montagne :

Nos communes sont aujourd’hui encore le siège d’une activité importante d’élevage ovin en particulier. Ce sont les éleveurs qui entretiennent la montagne et rien n’est dit sur l’impact éolien.

Nous l’avons analysé sur deux plans, celui de la période des travaux d’installation qui peuvent arrêter des exploitations pendant de longues périodes de pâturage (plusieurs mois, soit une année d’exploitation), mais aussi sur la durée de l’exploitation.

Nous avons vu l’exemple de zones de protection importantes délimitées après certains cas d’accidents
éoliens. Rien n’est dit sur cet aspect fondamental de la vie de nos communes rurales de moyenne montagne, et rien n’est prévu en terme compensatoire.


L’existence de l’énergie hydraulique :

Considérer l’éolien de manière indépendante est un non sens, ce qui doit compter, c’est la contribution générale en énergies renouvelables à la production énergétique.

De ce point de vue la région est très en avance. La région PACA est la troisième région française en termes de puissance hydraulique installée et de production d’électricité d’origine hydroélectrique (15% de la production française).

Par ailleurs, des études de potentiel régional en matière de micro-hydraulique, mettent en évidence un gisement de l’ordre de 55 MW principalement sur des canaux d’irrigation, des adductions d’eau potable, sur la réactivation de sites existants et sur de nouvelles installations sur rivières.

La région a dans le passé payé un lourd tribut au développement de cette énergie, quatre cent vingt trois morts et disparus lors de la rupture du barrage de Malpasset, déplacements de villages, modifications de territoires (cf Serre-Ponçon qui serait irréalisable en terme environnemental de nos jours !)

Il conviendrait de ne pas l’oublier.

Cet exemple douloureux est à méditer, il montre que toutes les formes d’énergie, y compris l’hydraulique qui semble la plus consensuelle peut avoir des conséquences dramatiques pour les populations.



EN SYNTHESE :


La consultation est excellente sur le principe, elle est beaucoup moins bonne sur la forme.

Trop de points ne sont pas traités, nous en avons évoqués quelques uns, il en reste bien d’autres.

Nous ne sommes pas favorables au développement éolien contre l’avis et la vie des habitants concernés par les impacts négatifs. Les services de l’État ne doivent pas contribuer au
développement de la lèpre de l’éolien industriel pour défigurer notre nature préservée et notre cadre de vie.

Les éoliennes sont peut être de beaux objets esthétiques, mais pas quand elles tournent sous nos fenêtres. Elles font rêver les financiers et certains politiques, mais les projets d’installation créent des fractures dans les communes et détruisent nos cadres de vie.

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