mercredi 14 janvier 2015

HAUT BUECH NATURE S'ADRESSE AU PREFET

Dans un récent courrier, notre association a une nouvelle fois attiré l'attention du représentant de l'état sur le projet d'implantation d'éoliennes industrielles par BORALEX dans le Haut-Buëch.
C'est en effet au Préfet que reviendra la lourde décision d'autoriser ou non la multinationale canadienne à s'attaquer à notre environnement, à notre économie locale, à notre qualité de vie, et ce pour un profit énergétique quasi nul.
Le ressentiment d'une partie grandissante de la population de nos vallées à l'encontre de ce projet inutile et dévastateur sera-t-il entendu ? Devons-nous nous préparer à subir, comme parfois ailleurs, la violence d'un passage en force, le mépris des citoyens résidents, la victoire des lobbys industriels ?

Ci-après le texte de la lettre envoyée au Préfet. :

Monsieur le Préfet,

Notre association a été constituée en 2012, initialement pour défendre les citoyens de la Haute Beaume face au projet d’implantation d’éoliennes industrielles sur la commune, projet mené en catimini par la mairie de la Haute Beaume au profit de la société canadienne BORALEX.

Nous vous avions sollicité par courrier le 11/10/2012 pour un rendez-vous, mais notre courrier est resté sans réponse de la part de vos services.

Depuis, notre association s’est développée sur tout le Haut-Buëch et maintenant au-delà, devant la menace d’envahissement de nos communes par des dizaines, voire des centaines d’éoliennes dans les pays du Buëch. D’autres associations se sont créées, d’autres le seront bientôt.

Nous venons aujourd’hui vous alerter à nouveau sur les modalités de déploiement de ces projets, et tout particulièrement sur celui initié depuis 2008 par la mairie de la Haute-Beaume à l’insu de ses habitants. Ce projet impacte maintenant également les populations des communes de la Beaume, de Saint Pierre d’Argençon, et de Monbrand, en attendant l’officialisation du projet sur la commune de Saint Julien en Beauchêne.

Quelques habitants de la Haute-Beaume ayant appris en 2012 l'existence d'un projet éolien sur le plateau d'Aureille négocié en secret avec BORALEX par le maire et ses 2 adjoints, la question avait été posée au maire qui avait répondu qu'une concertation aurait lieu avec tous les intéressés.

La Société BORALEX s'est attaché les services à titre onéreux du Centre Permanent d'Initiative pour l'Environnement (CPIE) du 04. Cette association (80 CPIE en France, 16 unions régionales, plus de 900 salariés, subventionnés majoritairement par l'état, et les collectivités locales) est chargée par BORALEX d’une mission médiation entre les différents acteurs concernés.

Pour notre part, nous avons rencontré brièvement le 08/10/2013 ce prestataire pour une simple prise de contact. Il nous a été annoncé que nous aurions à nous soumettre à une charte de confidentialité qu’il nous faudrait signer, si nous voulions faire partie de la « concertation ».

Nous attendons donc toujours la prochaine réunion de "concertation" sachant que depuis, le CPIE, démontrant sa grande maîtrise de la démocratie participative, et sa totale indépendance, a organisé plusieurs rencontres sans nous y convier…

Nous notons également que les comptes-rendus de ces « concertations » ne nous sont pas communiqués ; le dernier compte-rendu (réunion du 08/12/2014) n’étant même pas affiché en mairie.

Comme beaucoup de nos concitoyens nous sommes particulièrement choqués qu’un industriel puisse ainsi acheter des études dont il est le bénéficiaire et qu’il fera valoir pour obtenir des autorités les autorisations nécessaires.

De même, le mât de mesure installé par la Société BORALEX sur le plateau d’Aureille est toujours en place depuis mai 2013 sans pour autant que l'on en connaisse les résultats.

Pendant ce temps, l'industriel canadien poursuit son lobbying intensif sur le territoire, invite les élus à des visites de site; il ne s’agit bien sûr que de la partie visible de l’iceberg que nous pouvons constater.

Le Maire de Saint Julien en Beauchêne ayant organisé en novembre dernier, une réunion d’information dans sa commune, nous nous y sommes rendus, et nous avons eu la surprise d’apprendre de sa part que le projet sur la Haute-Beaume était très avancé, que de nombreuses réunions avaient eu lieu, y compris avec les services de la Préfecture, et qu’il était envisagé de déposer les permis de construire au 1er trimestre 2015 ; ceci ayant été confirmé par le même BORALEX, lors de la réunion publique organisée le 11 décembre dernier à La Beaume.

Nous avons donc le sentiment, qu’après avoir caché ce projet à la population pendant 4 ans, après 2 ans d’instruction sous le manteau et de simulacre de concertation, on s’apprête à l’imposer aux habitants en passant en force et dans l’urgence ; ce qui engendre un climat de tension avéré dans les communes impactées.

Ce projet est catastrophique par son impact écologique sur les communes concernées et leurs habitants. Il ouvre la voie à une implantation de nombreux parcs d’éoliennes industrielles dans tout le Buëch, défigurant nos sites de grande valeur naturelle, développant des pollutions sonores, visuelles, lumineuses aujourd’hui médicalement constatées, induisant d’importantes nuisances à la faune et la flore.

Hormis le constat que la désignation du Buëch par le SRE PACA pour en faire le premier producteur d’électricité éolienne de tout PACA est un choix par défaut qui condamne notre territoire, hormis le fait que le SRE PACA est en totale contradiction sur nos territoires « frontaliers » avec le SRE RHÔNE-ALPES, ce projet éolien semble faire fi de la réalité d’aujourd’hui, qu’une des principales richesses de ce pays est liée au tourisme de pleine nature, et au solde migratoire positif des retraités et actifs qui viennent s’y installer pour retrouver une certaine qualité de vie.

Enfin, comme beaucoup de nos concitoyens, nous nous posons la question de l’intérêt de la colonisation de nos montagnes par BORALEX et du réel intérêt financier pour nos communes comme par exemple celle de la Haute-Beaume (6 habitants résidents) où toute légitimité démocratique est absente, alors qu’un regroupement communal permettrait déjà, de réaliser les économies d’échelle indispensables, la mutualisation des moyens et des compétences en faveur d’un réel développement durable de nos territoires.

Nous vous informons que nous avons également saisi Monsieur le Président de la République, fort de son engagement le 27 novembre dernier lors de la conférence gouvernementale sur l’environnement, et après les évènements dramatiques de Sivens, de mettre en place de nouvelles règles du jeu respectant la démocratie participative dans les dossiers à fort impact environnemental sur les populations.

Nous vous demandons donc solennellement de décréter un moratoire d’au moins un an sur ce projet BORALEX, permettant ainsi au gouvernement, comme le chef de l’État s’y est engagé, de rétablir les règles d’informations, de démocratie et de transparence indispensables sur ce type de projet. Nous souhaitons également en ce qui concerne l’implantation d’éoliennes industrielles dans le Buëch, qu’un minimum de règles éthiques soient imposées, notamment dans le choix des opérateurs réellement mis en concurrence et que les études et enquêtes soient menées de manières impartiales par des organismes indépendants à l’abri de toute suspicion de corruption ou de prise illégale d’intérêts.

Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Préfet, l’expression de nos sentiments distingués.

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